Internet regorge de dessins Zentangle tous plus beaux et complexes les uns que les autres. Et c’est vrai que cette méthode, bien que son objectif soit avant tout méditatif, permet de créer des compositions visuelles spectaculaires. Feuillages aux courbes rebondies, jeux de profondeur sidérants, lignes parfaitement maîtrisées... Qui n’aurait pas envie de faire pareil ?
Je vous livre trois petites réflexions à ce propos...
1 : Attention à l’effet Instagram !
Sur le Net, chacun se livre à une surenchère quant à ses compétences et son talent. Résultat, si vous saisissez le terme « Zentangle » dans n’importe quel moteur de recherche, vous obtiendrez une impressionnante galerie de chefs-d’œuvre provenant de sites bien référencés et donc appartenant majoritairement à des personnes qui pratiquent depuis très longtemps et qui en ont fait leur activité principale. Et c’est vrai, c’est inspirant ! Mais si vous voyez ces œuvres avant même d’avoir essayé de créer un Zentangle, vous vous créez une représentation mentale du résultat à obtenir qui est éloignée de la réalité.
Cela peut être franchement intimidant ou décourageant, surtout dans un monde qui nous habitue à obtenir tout très rapidement, quasiment du premier coup, ou qui nous abreuve de « solutions » pour faire toujours mieux que ce que nous pouvons faire nous-mêmes à un instant donné avec nos propres moyens. J’aimerais vous montrer mes tout premiers Zentangle, pour que vous puissiez constater la progression entre mes débuts, bien avant de devenir certifiée, et maintenant. Malheureusement, je les ai perdus dans mon déménagement lorsque j’ai quitté le Québec. Mais voici deux dessins d’une Tangleuse bergeracoise, le premier à ses débuts et le second après une année de pratique.
Voilà qui est plus réaliste ! J’ajouterai que je n’ai jamais vu dans un atelier de découverte quelqu’un qui ne s’emmêle pas les pinceaux dans un motif (cela m’arrive encore souvent, d’ailleurs !), qui ne fasse pas de traits un peu bloblotants ou ne laisse traîner des tâches d’encre par-ci, par-là. C’est ça, la réalité du Zentangle. On ne cherche pas la perfection, mais à se sentir bien et à lâcher prise.
On cherche à aimer le moindre petit trait, si maladroit qu’il soit. Pas facile si nos référents sont des dessins bien lisses et professionnels... Alors ne perdez pas de vue que derrière un magnifique dessin se cachent souvent des heures de recherche de la composition idéale et aussi des années de pratique. Mais peu de personnes se risquent à montrer leurs modestes débuts, et cela fausse complètement la réalité.
Ce que j'aime avec les dessins comme ceux de cette Tangleuse, c'est qu'on reconnaît sa patte dans tous ses dessins. Personne d'autre qu'elle n'aurait pu les faire. Et si on essaye de refaire exactement ce qu'elle a fait, on aura les mêmes motifs au même endroit, mais pas sa personnalité qui transparaît dans ses dessins. Et c'est tant mieux !

2 : Retour aux sources
Il est vrai que lorsque les progrès arrivent, on ne peut s’empêcher de créer des dessins à l’esthétique toujours plus recherchée. Les compositions se complexifient et le geste s’affirme. C’est là que de nombreux Tangleurs, comme on les appelle, ont tendance à s’éloigner de plus en plus des principes de base du Zentangle, qui ne sont pourtant pas nombreux...
Le principe le plus souvent oublié est que le Zentangle n’a pas vocation à être figuratif. Il n’est pas supposé représenter quoi que ce soit. Les motifs inspirés du monde végétal ou minéral abondent, mais c’est normalement la seule entorse acceptée à ce principe, et il y a une bonne raison à cela. En effet, dès que vous représentez un objet ou un être vivant, votre dessin prend une charge émotionnelle et symbolique, aussi minime et inconsciente soit-elle, et cela interfère avec le but premier du Zentangle, qui est de se plonger dans un état méditatif profond.
De ce fait, les jolis animaux remplis de motifs répétitifs que vous avez sans doute déjà vus un peu partout ne sont pas du Zentangle à proprement parler. On peut les qualifier d’art inspiré du Zentangle (ZIA). Et ils sont très beaux... Mais ils sont très souvent le produit d’une recherche esthétique plus que méditative. Or lorsque l’esthétique devient le but final, on ajoute un degré de pression de performance incompatible avec l’esprit du Zentangle pur.
ma part, j’aime toujours garder à l’esprit qu’un beau Zentangle, c’est la cerise sur le gâteau. Si vous avez réussi à vous détendre et à oublier vos pensées tourbillonnantes le temps d’un dessin, vous avez bénéficié des bienfaits du Zentangle. Un point c’est tout ! On ne rate pas un dessin Zentangle, normalement. Qu’importe si sa composition laisse à désirer, puisque ce qui est recherché est un point d’entrée en état méditatif par le geste ! Allons plus loin : focaliser sur l’obtention d’un dessin qui rivalise avec ceux que vous aurez vus sur Internet en traitant vos premiers essais comme de mauvais brouillons bons à jeter à la poubelle présente trois risques :
- soit de gonfler votre ego si vous faites des progrès rapides,
- soit au contraire de vous faire perdre confiance en vous si vous ne progressez pas assez rapidement à votre goût,
- dans les deux cas, vous allez complètement oublier le but premier du Zentangle.
Attention, avec de la pratique, votre geste se fluidifiera réellement au fil du temps. Vos dessins seront effectivement de plus en plus beaux, et cela vous apportera de la satisfaction et de la joie. Mais vous pouvez y arriver en réutilisant perpétuellement une demie-douzaine de motifs et trois ficelles de choix ou en refaisant toujours le même dessin simple, si vous le désirez. Et s'il vous faut des années avant de voir une différence, ma foi, cela ne change rien. Autrement dit, un beau Zentangle est un bonus, pas un objectif.
3 : « Love every line » — Maria Thomas
Dans l’une de ses vidéos, Maria Thomas, à qui l’on doit la méthode Zentangle, explique que ce qui donne réellement de la personnalité à un dessin, ce sont tous les petits accidents de parcours qui font dévier la ligne de sa version idéale.
Quand on débute, cela peut être assez difficile à percevoir. Mais lorsque vous aurez acquis un peu d’expérience, vous pourrez commencer à jouer avec la pression que vous exercez sur la pointe du stylo, jusqu’à obtenir des lignes parfois interrompues ou encore des pleins et déliés, avec les aspérités du papier et avec les imprévus ou les erreurs de parcours — qui finalement n’en sont pas. Vous accepterez aussi que votre rosace dessinée à la main soit un peu écrasée... Mieux, vous aimerez de plus en plus vos Aquafleurs patatoïdes et vos Fengles tordus. Vous les regarderez avec fierté et sans jugement, car ils seront les vôtres, ils seront uniques et le souvenir du moment de détente qu’ils vous auront procuré sera bien plus important que le reste. C'est tout un parcours initiatique, car il n'est pas si facile que cela de laisser votre style se développer tout en restant concentré(e) sur le flow. Et, croyez-moi, parvenir à rester en état méditatif pendant toute la durée d'un dessin, sans en sortir entre deux motifs parce qu'on a un instant d'hésitation sur la suite, c'est du sport.
Alors : gardez tous vos Zentangle ! Et respectez votre travail, même s’il est un peu croche (comme on dit au Québec). En apprenant à aimer tous vos dessins, vous apprenez à vous aimer inconditionnellement. C’est d’ailleurs pour cela que le papier officiel Zentangle est de très haute qualité. Chaque expérience de Zentangle compte et est précieuse. Chaque dessin vous apprend quelque chose. Éloge de la persévérance !
Cet état d’esprit demande du travail. C’est un fait ! Il m’a demandé du travail à moi aussi. Toutefois, vous avez beaucoup à y gagner. Rappelons que la pratique du Zentangle comporte de multiples bienfaits :
- Réduction du stress et de l’anxiété
- Consolidation de l’estime de soi et de la confiance en soi
- Travail sur la coordination œil-main
- Effets positifs sur les états dépressifs
En résumé :
- Attention aux fausses promesses d’Internet et aux attentes irréalistes que vous pourriez vous fixer.
- Gardez toujours à l’esprit que le Zentangle est un outil de méditation avant d’être une technique artistique.
- Aimez chaque ligne, chaque trait, chaque trace que vous laissez sur le papier et acceptez de dévier, de rater un tournant, de faire un choix hasardeux. En apprenant à aimer votre dessin, c’est vous-même que vous apprenez à aimer mieux.
Et per.sé.vé.rez !